Museo Julio Romero de Torres. Excmo. Ayuntamiento de Córdoba. España

Depuis que nous avons perdu le Temple, abîmé dans le désastre des âges, nous assemblons les pierres déchiquetées de l’écriture - le mur de l’impossible parole. Nos ongles tracent sur la pierre meurtrie la déchirure des mots. Tout livre dit l’exil - le mur se lamente sur la parole perdue. (Hommage à Edmond Jabès)


J’ai bien reçu votre lettre ce matin. Ou peut-être était-ce un autre jour. Je ne sais plus très bien … Il y a un tel  brouillard autour des choses. Ce que je sais, c’est que depuis toujours, j’avais envie qu’on m’invite à prendre place autour de la table. Nous avons tant rêvé d’une cène sans parjure. D’une nappe de ciel bleu pour dresser les repas de fête. De draps  frais - quand on refait le lit, un matin qu’on veut neuf. Jusqu’alors, nous n’avions fait que des gestes. Nous voulions réapprendre le pain et le sommeil. Traverser enfin le halo maladroit de nous-mêmes.


Sachant qu’autour des regards, des mains, des mots, il y a une étendue buissonneuse, brumeuse. No-man’s land - un morceau de terre où on n’y est  pour personne. Waste land - terrain vague, terre perdue, impénétrable. La terre, nous la voulions promise, et je donnais mon âme au loin, je vous donnais mes mains et mes saisons et mes cerises.


Devant nos lèvres, devant nos mains, passe l’averse des jours, à perte d’ennui - de pluie heureuse aussi. Nous savons qu’il y a toujours une arche dans les déluges. Et, au fond de nos quarante jours et nuits de solitude, nous tressons les rameaux d’olivier des paroles - pour quand  iront se poser les colombes.



Les mots d’une lettre - nos gestes, nos amours … sont des îles qui appellent les oiseaux de passage. Des pierres échouées. Tout autour, bat le ressac. La houle couvre nos voix indicibles de son bruit de silence. Toutes les algues soudain collent au moindre geste. La mer se fait si lourde aux muscles du nageur et les perlent restent rondes au fond des coquillages.



Peut-être votre lettre arrivera-t-elle bientôt - votre vaisseau de grand navigateur. Les mots qu’on veut dire … le visage que leçon tend … ce qu’on offre d’abord, c’est l’absence, une côte sauvage. Un continent inconnu, un nouveau monde, à peupler de nos paroles et de nos songes. Sur la mer aventureuse du silence, les mots gonflent leurs voiles amoureuses, en quête des terres promises, des Amériques.

   

                Henry Zalamansky

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Gitane au charme meurtrier, La Petenera est une femme issue de Paterna de Rivera près de Cadiz en Andalousie, au XVIII° siècle.

Elle donna son nom à un chant et une danse, de type flamenco.

 

Femme à la réputation sulfureuse, la perdition des hommes, Carmen avant la lettre, elle apparaît dans certaines letras (paroles flamenca) comme la juive errante, à la recherche de son amant Rebeco qui l’attend à la synagogue

 

Selon la rumeur, son chant viendrait de bien plus loin que le flamenco.

 


Il aurait pour racine le chant sépharade.

Federico Garcia Lorca s’est vivement intéressé aux minorités qui ont irrigué la culture de son pays, notamment les gitans et les juifs. Fort de cette attirance, l’écrivain a consacré un chapitre de son œuvre au personnage énigmatique de La Petenera : Graphique de la Petenera  dans le « Chant profond ».

Maitane Sebastian. A travers son travail de composition autour de deux poèmes de Lorca, Falseta et Muerte de la Petenera, redonne toute son âme au personnage. Avec ferveur et fougue.


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